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Vivre l’instant présent : la discipline qui reconstruit un leadership solide

Pendant longtemps, presque toute ma vie, j’ai vécu ailleurs. Pas ici. Pas maintenant. Toujours un pas devant, à anticiper la suite, à vouloir être celle qui voit venir avant les autres. Précurseure, disait-on de moi. Je prenais ça comme un compliment. C’était surtout une fuite.

Puis il y a eu un grand crash. Une chute qui ne prévient pas, qui ne négocie pas. Tout ce que j’avais construit en avançant s’est arrêté d’un coup, et j’ai dû me poser. Vraiment. Pour la première fois de ma vie.

J’en ai profité pour repasser en revue mon passé, sans fard, sans me raconter d’histoires. Et c’est de ce détour, étrangement, qu’est né mon présent. Aujourd’hui que je me suis reconstruite seule, c’est le seul endroit qui compte encore vraiment.

Le problème : pourquoi fuyons-nous à ce point le moment présent ?

Vous l’avez sûrement observé chez un enfant : il ne pense pas à demain. Il ne compare pas sa place à celle des autres. Il savoure, simplement, le fait d’être là, à côté de quelqu’un qu’il aime.

Chez les adultes, c’est souvent l’inverse. On reporte son bonheur à plus tard : quand on aura plus, quand on sera plus haut, quand on aura enfin atteint cet objectif qui recule sans cesse à mesure qu’on s’en approche.

Ce réflexe se retrouve aussi en entreprise. Des managers qui ne valorisent que le résultat final. Des équipes qui ne s’autorisent à souffler que « quand tout sera bouclé ». Des leaders qui oublient de célébrer les petites victoires du quotidien, trop occupés à regarder plus loin.

Vous connaissez peut-être cette sensation : courir après un horizon qui se déplace chaque fois qu’on croit l’atteindre.

Aurélie, à Lausanne : la course qui ne s’arrête jamais

Aurélie dirige une équipe de douze personnes dans une entreprise du canton de Vaud. Depuis dix ans, elle vit selon une règle simple : anticiper avant tout le monde. Elle planifie le trimestre suivant avant même d’avoir célébré le précédent. Ses collaborateurs la respectent, mais personne ne la voit jamais s’arrêter, ni souffler.

Un matin, à Lausanne, elle s’est effondrée en pleine réunion. Rien de grave physiquement. Mais son corps venait de dire stop, là où sa tête refusait d’entendre depuis des années. Elle est venue me voir quelques semaines plus tard, épuisée d’avoir toujours vécu un temps d’avance sur elle-même, incapable de se souvenir de la dernière fois où elle avait simplement profité d’un instant sans le comparer au suivant.

Pourquoi ce mécanisme s’installe

Ce mécanisme n’est pas un défaut de caractère. C’est une stratégie de survie qui a fini par devenir une prison.

Se projeter donne l’illusion de contrôler ce qui vient. Anticiper rassure, précéder les événements donne un sentiment de maîtrise. Le problème, c’est que le futur ne se maîtrise jamais vraiment. Et à force de vivre devant soi, on finit par ne plus vivre du tout.

C’est exactement ce qui m’est arrivé. Ce grand crash m’a forcée à ralentir, puis à regarder mon passé en face. J’ai dû comprendre d’où venait ce besoin permanent d’être en avance sur tout, sur tout le monde. Et c’est ce retour sur mon histoire qui m’a ramenée, sans détour, au présent.

Épictète l’écrivait déjà : certaines choses dépendent de nous, d’autres non. Le futur, par nature, échappe à notre prise. Le passé, lui, est déjà écrit. Il ne reste que l’instant présent comme terrain où l’on peut réellement agir, décider, se tenir droit. C’est cette vérité simple qui me guide aujourd’hui : on ne peut pas discuter avec ce sur quoi on n’a aucune prise. Il est temps de s’en rendre compte, et d’y consacrer son énergie autrement, avec discipline.

Ce que ce grand crash m’a appris, au fond, c’est que la discipline ne vaut rien sans la connaissance de soi. On peut tenir un planning, cocher des objectifs, avancer vite, sans jamais savoir vraiment ce qui nous pousse ni ce dont on a réellement besoin. Faire de son mieux, chaque jour, ne suffit pas si on ignore qui l’on est. C’est pour cela qu’il faut prendre le temps de se connaître, avant même de vouloir se discipliner. Les deux marchent ensemble, ou ne marchent pas.

La méthode Mental Sofa : ancrer la discipline dans le présent

L’accompagnement ne vise pas à effacer l’ambition ni à renoncer à se projeter. Il vise à reconstruire une discipline du présent : rester pleinement là où l’on est, sans perdre le fil de ce que l’on construit.

Cette discipline repose sur un principe central, que je partage avec chaque personne que j’accompagne à Lausanne et dans tout le canton de Vaud : le vrai pouvoir ne se trouve ni dans le regret du passé, ni dans l’anticipation du futur, mais dans la tenue de ses engagements, jour après jour, envers soi-même en premier lieu. Ma méthode s’appuie sur ce principe pour aider chacun à retrouver une présence stable, même sous pression, et à mieux se connaître pour tenir dans la durée.

Exercices : le rituel de l’ancrage quotidien

Voici le rituel simple que je propose, à adapter selon votre rythme :

  1. Chaque matin, avant toute sollicitation extérieure, notez une seule intention pour la journée, pas dix.
  2. Fixez trois pauses dans la journée, matin, midi, soir, pour respirer profondément dix fois, sans écran, sans objectif.
  3. En fin de journée, listez ce qui a été accompli, même modeste, plutôt que ce qui reste à faire.
  4. Choisissez un engagement simple envers vous-même cette semaine, et notez chaque soir si vous l’avez honoré.
  5. Une fois par semaine, accordez-vous un temps sans agenda, pour observer plutôt que produire.
  6. Le soir, avant de dormir, nommez une chose vécue aujourd’hui qui n’existera plus jamais ailleurs.

Bénéfices mesurables

  • Une équipe qui célèbre ses progrès avance plus loin, plus durablement, avec moins d’épuisement.
  • Un collaborateur reconnu aujourd’hui donne le meilleur de lui-même demain, naturellement.
  • Un leader présent crée une énergie qui dure, au-delà des seuls résultats chiffrés.

En résumé

Vivre l’instant présent n’est pas un renoncement à l’avenir : c’est reconnaître que seul le présent nous appartient vraiment, et que la discipline personnelle s’y exerce, pas ailleurs. Le vrai leadership, ce n’est pas seulement tracer la route de demain. C’est savoir éclairer le chemin d’aujourd’hui, avec constance et sincérité envers soi-même.

Si vous sentez, comme Aurélie à Lausanne, que vous courez depuis trop longtemps après un horizon qui recule, réservez un premier échange de 15 minutes : un premier pas simple, et c’est déjà vivre le présent.

Lina Hadid
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